Exposition individuelle, Maison de la culture Maisonneuve, Montréal
Du 16 mars au 28 avril 2024

Corpus de céramiques enfumées gravées au laser 
Ferns 1 – Vitality/Sobriety, 2023 – 8X14
Ferns 2 – Carboniferous, 2023 – 10X13
Ferns 3 – Families, 2023 – 10X13
Ferns 4 – Sun Fossilisation, 2023 – 9X12
Ferns 5 – Photosynthèse, 2023 – 9X12
The forests from which coal was made, tiré de Book of Knowledge, 1912
Steinkohlenformation III, tiré de Meyers Konversations-Lexicon, 1897
Nature morte – Ferns (400 million years of vitality)
2022
Impression numérique sur papier Hahemühle photo rag
5 éditions, 1 AP
25.5X37.5

Vers un parlement du vivant V – Photosynthèse, 2024 – 9’X7’
Installation vivante connectée: Charbon (mine de Drummond, Nouvelle-Écosse), fougères (Corne de cerf, Nid d’oiseau Antiquum, Nid d’oiseau commune, Kimberley, Pattes de lapin, Polypode doré), moniteur, microcontrôleur, senseur de luminosité, scanographie de fougères de la Fondation Grantham (Fougère à l’autruche, Athyrie fougère-femelle, Dennstaedtie, Fougère-aigle commune, Onoclée sensible, Osmonde Cannelle, Osmonde de Clayton, Polystic faux acrostic, Royale, Thélyptère fougère-du-hêtre), programmation visuelle, terre et verre coulé.

« (…) on pouvait envisager toute l’histoire du capitalisme comme une histoire de la combustion, pas simplement la destruction par le feu de substances qui se trouvaient sur terre depuis des millions d’années, mais aussi du savoir, des idées, de la culture et, effectivement, de la beauté – en d’autres termes, tout ce qui a pris le temps de se développer et de s’accumuler. »

– Rachel Cusk, Kudos

«Soleils fossilisés» est une autre façon d’évoquer le phénomène de la photosynthèse ; ce processus qu’utilise la plante pour convertir l’énergie du soleil en nutriments. Il y a plus de 300 millions d’années, les fougères ont atteint un si grand niveau d’intensité photosynthétique qu’elles se sont reproduites au point qu’elles ont massivement occupé la surface de la terre. Après des millions d’années de transformation, on la retrouve partout sous forme de charbon dans les sols. Après avoir été un des deux éléments essentiels à la révolution industrielle (l’autre étant l’invention de la machine à vapeur) le charbon est aujourd’hui encore une source d’énergie essentielle à plusieurs millions d’humains. Nous brûlons le soleil d’il y a 300 millions d’années.

L’exposition explore différentes manières de convertir le soleil, la lumière ; que ce soit pour expliciter la photographie ou la vision humaine (lumière réfléchie, renversée), évoquer le feu pour marquer une surface (céramiques gravées au laser et enfumées) ou comme phénomène essentiel à la plante, révélant un des aspects de son potentiel d’agentivité. 

Vitalité, verticalité, besoin de se reproduire, d’expansion, de dominer ; les fougères sont un miroir de nous-même. Chez l’humain, la vitalité s’exprime aussi dans son opposition, l’extraction. La photographie et le numérique n’ont pu émerger que grâce à l’extraction minière et des énergies fossiles. Vers un parlement du vivant V – Photosynthèse, utilise un senseur de luminosité pour mesurer la lumière qui atteint les fougères en temps réel. Cette mesure fait varier la vitesse de l’animation à l’écran :  des fougères «scanographiées» côtoient une image de fougère réalisée par un des grands groupes de jeu vidéo au monde, Epic Games et sa filiale Quixel. Quixel vend des centaines de modèles photographiques 360 et 3D de spécimens et d’environne-ments provenant de sites naturels (dont on ne cite pas le nom) – un exemple probant de colonialisme numérique par la photographie. Cette compagnie et cette industrie piétinent les environnements naturels pour capter et vendre des images pour leur seul profit.

Quant au corpus Le crayon de la nature, c’est une installation qui explore les phénomènes simples de l’optique, de la photographie, de la fascination que la lumière, le feu autrefois et toujours, a opérée sur nous. Plus précisément, c’est une projection en mouvement dirigée vers des objets réfléchissants qui forme une image au mur. Sans lumière, sans phénomène de réflexion, l’image perçue n’existe pas. Tout est là, donné à voir, éphémère ; une forme de cinéma-étendu-povera? Les mots projetés pointent vers les thèmes de l’exposition. Le chant du canari est un rappel de l’oiseau qui accompagnait les mineurs sous terre pour les avertir, en tremblant ou s’évanouissant, d’une explosion imminente . 

« N’entrerait-il pas dans la fonction des images de se comporter comme le plumage de ces oisillons prémonitoires? Lorsqu’une image se met à trembler ou gonfler, ne sommes-nous pas au bord de voir venir quelque moment décisif et, au pire des cas, quelque événement catastrophique? » 

– Georges Didi-Huberman, Sentir le grisou

Pour que les êtres vivants non-humains aient enfin leur place dans une conception inclusive du monde, David Abram, écologiste et philosophe, nous propose de délaisser le terme «Anthropocène» pour qualifier notre époque. Il suggère plutôt d’utiliser l’Humilicène afin de proposer le début de l’ère de l’humilité pour l’humain (occidental). Comment atteindre cette humilité, la sobriété, alors que nous sommes comme la fougère? Comment être artiste médiatique sans soutenir l’extraction de tous types? Comment être issue d’une culture de la blanchité et se sentir «rassasié» afin de ne plus extraire (consommer, coloniser, posséder, déposséder l’autre)?

La biologiste, professeure et membre de la nation Potawatomi Robin Wall Kimmerer nous met sur deux pistes: apprendre à connaître la nature qui nous entoure pour en venir à la respecter (ce qu’on aime, on le nomme) et cultiver la reconnaissance de ce que nous avons déjà pour se sentir «plein plutôt que vide». C’est ainsi que les plantes présentent dans l’exposition sont toutes identifiées et que des moments d’échanges pourraient se retrouver dans les textes de l’installation «réfléchissante» – textes qui seraient revus, de temps à autre pendant la durée de l’exposition, question d’en faire une exposition « vivante » et nourrissante de toutes sortes de manières.


Le crayon de la nature II – Fougère
2024
13’X10’
Durée 11:30
Installation de cinéma étendu : projection sur plexiglass, terre, charbon
Son: chant du canari, oiseau des mineurs